Le matin du 25 janvier, une foule, composée d’une centaine de jeunes étudiants, est réunie devant la Gare Centrale de Cologne. 

Armés de pancartes, de musique et de discours, ils manifestent contre l’action trop lente de leur gouvernement face au réchauffement climatique. Depuis décembre, des milliers d’étudiants allemands ont participé aux manifestations « Fridays for the Future » (Les vendredis pour le futur) pour la justice climatique, inspirées du mouvement initié par Greta Thunberg, activiste suédoise âgée de 15 ans, en août 2018. Finn, originaire de Suisse, vit en Cologne, il tient tenu une pancarte : « Schulstreik für das Klima » (Grève pour le Climat). Il dit : « Je suis là parce que toute participation compte, et je pense que c’est bien que tout le monde se rencontre et que nous restions unis pour une seule chose, empêcher le changement climatique. Oh, et une autre chose qui est importante, c’est que les jeunes représentent 20 % de la société, mais nous sommes le futur à 100 % donc s’il vous plaît, s’il vous plaît, sauver la planète pour nous, pour que nous puissions vivre aussi ».

À sa droite se tient Sophia, également étudiante à Cologne : « J’ai passé les deux derniers mois en Suède et je suis allée à quelques grèves du vendredi, je pense que c’est très important de montrer que nous avons une voix. Greta Thunberg, la fille qui a commencé tout ça, je ne savais pas que les gens au dehors de la Suède la connaissait, j’étais vraiment surprise quand mes amis m’ont informé de ce qui se passait aujourd’hui, et je suis très contente que les gens se ressemblent et fasse cela ».

 
Une équipe de télévision lors d'une conférence de presse le lundi 28 janvier à Buir, Rhénanie-du-Nord-Westphalie, suite à la recommandation de la Commission du Charbon.

Une équipe de télévision lors d'une conférence de presse le lundi 28 janvier à Buir, Rhénanie-du-Nord-Westphalie, suite à la recommandation de la Commission du Charbon.

Le 26 janvier, la Commission du charbon en Allemagne a émis ses recommendations pour la diminution de la production de charbon en Allemagne.

Le rapport conseille de cesser graduellement l’extraction de lignite et de fermer les centrales à charbon, à horizon 2038, une date bien plus tardive que ce que beaucoup espéraient. Un des principaux sujets débattus est celui d’une transition juste pour les régions où l’industrie de lignite continue. Bien que les 60 000 ouvriers qui y travaillent ne représente que 0.07 % de la population allemande, on estime à 40 milliards d’euros le coût de cette transition sur les 20 prochaines années. De plus, environ 63 % de ces ouvriers devraient prendre leur retraite d’ici 2030. 

Pour Nia, de Pödelwitz, le plan est loin d’être ambitieux : « Je pense que c’est incroyable qu’une date de sortie du charbon fixée en 2038 soit légitime. D’autant que cette date n’a pas fait l’objet d’un consensus démocratique, et ça ne reflate pas du tout ce que nous, le mouvement pour la justice climatique pensons être les changements nécessaires pour arrêter le réchauffement climatique. Pour ceux qui habitent dans ces villages, c’est une claque en pleine figure, cela fait dix ans qu’ils résistent, et dans le rapport de la Commission du charbon, il n’est pas écrit que les  villages peuvent restent. Les gens ici sont sont vraiment brisés et déçus, la seule chose écrite à leur sujet c’est que les producteurs d’énergie doivent engager un dialogue avec les personnes affectées ».

Bien que la Commission a considéré « préférable » de préserver la forêt de Hambach reste, cela peut être vu comme un geste symbolique pour apaiser l’activisme croissant contre le charbon. Dans un sondage réalisé en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, 51 % des répondants soutiennent une sortie du charbon bien plus tôt que 2038, malgré la dominance de la région dans l’extraction et l’incineration du charbon. La critique soulève le fait que l’argent public investit dans la transition servira surtout à verser des pots-de-vin aux entreprises du secteur du charbon. Le secteur en pleine croissance des énergies renouvelables se développe principalement en dehors du cadre traditionnel des groupes énergétiques spécialisés dans les énergies fossils, et présente un intérêt certain en matière d’emploi et d’investissement. Malgré son potentiel actuel d’évolution vers un statut de pays modèle en matière d’énergies renouvelables et de développement de nouvelles industries, l’Allemagne devra faire des changements rapides pour atteindre les objectifs de reduction des émissions de CO2 visés. A l’échelle mondiale, l’Allemagne reste le 6ème pays émetteur de dioxide de carbone.

 
Les activistes sont restés dans la forêt après l'annonce de la Commission du charbon. Dans l'est de l'Allemagne, quatre excavatrices ont été occupées pour arrêter temporairement l'extraction, plus de vingt personnes ont été arrêtés dont trois personnes restent emprisonnés.

Les activistes sont restés dans la forêt après l'annonce de la Commission du charbon. Dans l'est de l'Allemagne, quatre excavatrices ont été occupées pour arrêter temporairement l'extraction, plus de vingt personnes ont été arrêtés dont trois personnes restent emprisonnés.

A la fin de l’année 2018, on estime les émissions de CO2 de l’économie mondiale à 37,1 milliards de tonnes, un record.

En comparaison, 23 milliards de tonnes de CO2 étaient émises en 1995, année de la première Conférence sur le climat des Nations unies à Berlin. La seule diminution a été observée en 2009, quant à la suite de la crise financière mondiale, la production a ralenti. Selon la NASA, les 19 années les plus chaudes jamais enregistrées par l’homme l’ont été au cours de cette période. On estime que la concentration de dioxyde de charbon est à son niveau le plus élevé depuis au moins 400,000 ans, et que cela est du à une augmentation de plus de 50 % des émissions de gaz dans l’atmosphère depuis le début de la Révolution industrielle.

Bien que les scientifiques et les intellectuels du monde entier tirent la sonnette d’alarme sur la catastrophe climatique en cours et la nécessité urgente d’une action à l’échelle globale, le monde n’arrive pas encore à réduire les émissions des gaz à effet de serre. Nous vivons le moment le plus industrialisé de l’histoire du monde, avec des chiffres annuels records pour la production de charbon et d’acier qui font passer pour modestes les registres des industriels de la Ruhr ou les anciens magnats du Pas-de-Calais. Avec à peu près 30 % de la production énergique globale, le charbon reste la clé de voûte de l’économie mondiale, et le cœur du défi actuel.  

 
Les excavatrices de la mine de Hambach sont toujours en activité au 1er mars 2019, date de cette publication.

Les excavatrices de la mine de Hambach sont toujours en activité au 1er mars 2019, date de cette publication.