De la Sarre jusqu’en Saxe, le paysage de l’Allemagne est marqué par l’extraction du charbon, la source d’énergie essentielle du pays depuis deux siècles.

Ce que est peut-être surprenant est que le charbon reste la source d’électricité la plus importante en Allemagne avec plusieurs des plus grandes mines à ciel ouvert du monde.  Tandis que l’extraction de houille y a été complètement abandonnée, laissant des milliers des mineurs sans emploi, l’extraction fortement mécanisée de lignite constitue une part importante de la production énergétique allemande.  

En Sarre, qui était jadis un centre industriel important en Europe, la grande usine sidérurgique de Völklingen à la frontière française, a été convertie en musée et galerie. À l’époque, 60 000 mineurs travaillaient dans cette région et 17 000 ouvriers étaient employés par l’usine de Völklingen. À la frontière entre la France et l’Allemagne, grâce à d’importantes ressources naturelles, la Saare était considérée comme un point stratégique pour le pouvoir des nations, un territoire recherché dans les conflits tels que la guerre franco-allemande de 1870. De nombreuses collines du paysage n’ont pas été façonnées par l’activité tectonique, mais par le dépôt de stériles minières formant de grands monticules.  Aujourd’hui, l’exploitation minière et les grandes industries sont parties, même si la fumée jaillit encore des cheminées de l’usine Saarstahl à Völklingen.  

 
L'aciérie de Völklingen, en Sarre, à la frontière franco-allemande. La région employait autrefois 60 000 mineurs.

L'aciérie de Völklingen, en Sarre, à la frontière franco-allemande. La région employait autrefois 60 000 mineurs.

Entre Cologne et Aix-la-Chapelle, le paysage est ravagé par des années d’extraction de charbon à ciel ouvert. 

Quelques-unes des machines les plus grosses au monde continuent à creuser la terre et chercher le lignite, qui sera brûlé dans des centrales électriques à proximité. Contrairement à l'extraction de houille autrefois dans la Saare, qui nécessitait de creuser des galeries profondes, la méthode moderne d’extraction du lignite nécessite une excavation complète du paysage pour accéder aux réserves de charbon. Depuis les premières excavations dans les années 70, les mines de Hambach, Garzweiler et Inden ont dévoré des dizaines de villages historiques et de lieux habités. La mine de Hambach s’entend aujourd’hui sur une superficie de 43,8 km² et jusqu’à 500m de profondeur. Le pompage des eaux souterraines pour maintenir des conditions sèches dans la mine a des conséquences sur les forêts et les terres agricoles de la région. Les effets s’étendent jusqu’aux Pays Bas. Partout, l’entreprise RWE (anciennement Rhinebraun) commande et dispose du paysage à sa guise. Au fil des années, la résistance organisée des villageois et des activistes contre les mines a été dissipée au nom du « bien public », le lignite était la source d’énergie la moins chère et la plus rentable disponible.  

Historiquement, la région de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie est connue pour son charbon et son acier, surtout dans la zone industrielle de la Ruhr. Le Bagger 288, fabriqué pour l’ouverture de la mine de Hambach en 1978 par le groupe Friedrich Krupp AG, était l’époque le plus grand véhicule terrestre du monde. L'entreprise sidérurgique de la dynastie Krupp était jadis la plus grande d’Europe et dominait la fabrication d’armes. Le charbon et l’acier vivaient en symbiose, les riches et les puissant en profitaient. Deux guerres mondiales n’ont pas suffi pour briser ce mariage et la découverte du lignite et de technologies nouvelles ouvre de nouvelles perspectives pour l’industrie de l’après-guerre.  

 
Le  Bagger 288  dans la mine de Hambach.

Le Bagger 288 dans la mine de Hambach.

Arbre coupé à blanc entre la mine Hambach et la forêt Hambach restante. Il ne reste qu'environ 10 % de la forêt.

Arbre coupé à blanc entre la mine Hambach et la forêt Hambach restante. Il ne reste qu'environ 10 % de la forêt.

La vue d'en haut, forêt de Hambach.

La vue d'en haut, forêt de Hambach.

Depuis une cabane perchée dans un chêne dans la forêt de Hambach, vous pouvez voir des oiseaux qui volent à travers la canopée. Des figures apparaissent par terre en miniature. La lumière du soleil passe à travers une vitre. Vous ne pouvez arriver ici qu'avec une corde d’escalade et un baudrier. 

Il s’agit d’une des forêts plus anciennes d’Allemagne et d'Europe occidentale, apparue après la période glaciaire et qui héberge une biodiversité diverse. C’est en avril 2012, que les premiers activistes souhaitant empêcher l’expansion de la mine de Hambach sont arrivés. Ils s’opposent à une des plus grandes entreprises d’Allemagne, RWE, dans une région où la politique et l’industrie sont fortement connectées. Pendant cette période, des dizaines d’activistes sont arrêtés et la forêt diminue au gré des déforestations successives. Les méthodes d’occupation sont variées, et les activistes n’hésitent pas à mettre leurs corps en danger en s’enchaînant aux barricades. Ce n’est qu’en novembre 2017 qu’une décision de justice repousse la déforestation jusqu’au octobre 2018 dans le but de préserver les espèces uniques du bois. Malgré ce délai, il est prévu que RWE commencera à couper la moitié de la forêt à l’automne 2018. Aux printemps 2020, la forêt de Hambach sera complètement détruite.

 
Opération de police dans la forêt de Hambach, septembre 2018.

Opération de police dans la forêt de Hambach, septembre 2018.

Le 6 septembre 2018 marque le début de l’intervention policière la plus importante de l’histoire de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie.

Des centaines des policiers, avec des renforts venus des quatre coins de l’Allemagne, débarquent dans la forêt pour déloger les activistes. Vêtus de tenues anti-émeute et équipés de camions blindés, l’opération est présentée comme une restauration du « droit et de l’ordre » dans la région. Souvent décrits comme violents et radicaux, les activistes n’ont pas bonne presse dans les médias régionaux, et peuvent se sentir isolés dans leur lutte. Pourtant, ils ont souvent travaillé en solidarité avec des initiatives locales telles que Buirer für Buir, ainsi qu’à l’échelle du continent avec Ende Gelände. Des communautés chrétiennes se sont également organisées pour manifester contre les effets néfastes de l’extraction du charbon sur la région. 

La destruction de l’église historique d’Immerath (« Immerath Dom ») le 9 janvier 2018 est un des exemples les plus récents de destruction d’un site culturel en Rhénanie par RWE dans le but d’extraire du lignite. Depuis 2015, un groupe œcuménique s’organise pour promouvoir la justice climatique et la transition vers des énergies propres. Cornelia Hütterer, membre du groupe Pèlerinage œcuménique pour la Justice Climatique s’est rendue dans la forêt de Hambach le 12 septembre et a observé les activistes : « … J’ai vu des gens qui donnent de leur temps personnel pour militer pour la sortie du lignite, et ce ne sont pas des ‘terroristes’ comme le disent les médias. Ce sont des gens francs et très engagés, et oui, je veux les remercier pour leur engagement… Je pense qu’ils sont vraiment en première ligne… »

 
Des activistes au bord de la mine de Hambach. Beaucoup portent des masques pour protéger leur identité, même s'ils sont engagés par des moyens pacifiques.

Des activistes au bord de la mine de Hambach. Beaucoup portent des masques pour protéger leur identité, même s'ils sont engagés par des moyens pacifiques.

Le 19 septembre, une bonne partie des occupants de la forêt ont été expulsés et des dizaines d’activistes arrêtés.

A la lisière de la forêt qui fait face à la mine de Hambach, la police tente de déloger les activistes d’une construction haute et complexe, des grues et l’escadron technique sont appelés en renfort. L’accès au bois est limité aux policiers, aux employées de RWE, aux médias certifiés et aux membres du gouvernement. Pourtant, des activistes et soutiens du mouvement ont trouvé le moyen de contourner les lignes de police, pour voir les branches des arbres être coupées par des tronçonneuses, et d’immenses grues envahir la canopée.

Vers 15h45, Steffen Meyn, un journaliste de 27 ans qui couvrait les événements, fait une chute mortelle depuis une passerelle piétonne située à 20 mètres du sol. Alors que les secours se pressent vers les lieux de l’accident, des policiers en tenue anti-émeute reçoivent l’ordre de sécuriser la zone alentour. Les services de communication et « la police des réseaux sociaux » arrivent sur la scène dans les minutes qui suivent et vite présentent la chute comme un accident. À la tombée de la nuit, la police ordonne aux visiteurs endeuillés de quitter les lieux. Des activistes restent postés dans les arbres. Au cours de la nuit, des voitures blindées et un générateur sont conduits près du site où le journaliste a trouvé la mort. Les médias affluent vers le bois le matin du 20 septembre, et un arrêt temporaire de l’opération d’expulsion en cours est ordonné. Les lignes de police, les machines, et les policiers anti-émeute ont disparu. Un mémorial a été construit près du site de la chute, et des centaines des citoyens sont venus dans le bois pendant que les caméras de télévision tournaient. 

 
Tensions entre les militants et la police anti-émeute en début de soirée le 19 septembre, suite au décès de Steffen Meyn.

Tensions entre les militants et la police anti-émeute en début de soirée le 19 septembre, suite au décès de Steffen Meyn.

À la tombée de la nuit du 19 septembre, la police a demandé aux activistes et aux visiteurs de partir et on a ramené de la machinerie lourde pour sécuriser le secteur.

À la tombée de la nuit du 19 septembre, la police a demandé aux activistes et aux visiteurs de partir et on a ramené de la machinerie lourde pour sécuriser le secteur.

Avis de commémoration à l'extérieur de la gare centrale d'Aix-la-Chapelle le 20 septembre.

Avis de commémoration à l'extérieur de la gare centrale d'Aix-la-Chapelle le 20 septembre.

La semaine suivante, l’intervention de la police se poursuit avec davantage d’intensité et de violences volontaires. 

Pendant l’évacuation de Lorien, un endroit proche du lieu où Steffen Meyn a trouvé la mort, des forces spéciales de police ont été déployées sur des activistes paisibles qui faisaient un « sit-in » pour empêcher l’entrée des machines dans la forêt. Un activiste, surnommé « Shadow » (l’Ombre) a frôlé la mort par asphyxie après qu’une foule des policiers à pris d’assaut sur la barricade d’où il s’y trouvait dedans. Par ailleurs, de nombreux activistes ont été brutalisés, et frappés violemment au visage.

Ceux à qui profite l’évacuation de la forêt espéraient présenter une histoire positive, dans laquelle la police délogerait des activistes radicaux et hors-la-loi, mais certains médias et observateurs indépendants ont retransmis les événements en direct sur Internet. Le soutien de l’opinion publique pour les activistes a alors augmenté au sein du pays, et de nombreux soutiens se sont organisés pour se rendre à la forêt de Hambach et manifester. Ce qui n’était à la base qu’un problème local dans les médias est devenu un symbole national, derrière lequel de nombreux mouvements sont rassemblés pour manifester contre l’expansion de la mine de Hambach par RWE, et contre le soutien matériel du gouvernement, prêt à apporter des millions d’euros du fonds publics au projet. 

 
Ligne de police près du bord de la mine de Hambach lors de la grande manifestation publique du samedi 6 octobre.

Ligne de police près du bord de la mine de Hambach lors de la grande manifestation publique du samedi 6 octobre.

Le 5 octobre, une décision surprise de la Haute Cour de Munster déclare la suspension de la déforestation de la forêt de Hambach. 

Un procès intenté par BUND-Germany « Amis de la Terre » a réussi à empêcher la coupe des arbres jusqu’à ce que le cas soit réexaminé. La raison invoquée est la présence d’espèces menacées dans la forêt, notamment la chauve-souris « Bechstein », ce qui fait la couverture d’un journal local dès le lendemain matin. Les activistes de la forêt de Hambach savent que les employées de RWE couvrent les trous dans les arbres avec du plastique, et mettent parfois du verre brisé dedans, pour éliminer les chauves-souris. Malgré l’achèvement de l’évacuation complète le 3 octobre, RWE est confronté à une défaite majeure dans ses plans d’agrandir la mine de Hambach, et de détruire ce qui reste de forêt. Dans un communiqué de presse, publié sur leur site Internet, RWE a exprimé sa déception, d’autant que la société pourrait perdre plusieurs milliards d’euros de profits sur les années à venir, avec le plan d’agrandissement de la mine de Hambach prolongé jusqu’à 2040. 

La manifestation qui était prévue deux jours plus tard dans la forêt se transforme en moment de célébration. Le 6 octobre, on compte près de 50 000 personnes réunies autour de la forêt. Malgré l’interdiction de manifester émise par le ministre de l’Intérieur de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Herbert Reul, la police ne fait pas usage de moyens anti-émeute face à la masse de manifestants paisibles. Des centaines ont franchi les lignes de police et se sont rendus au bord de la mine où au moins une des immenses machines servant à l’extraction a été forcée de s’arrêter. La nuit, un petit groupe d’activistes a campé au bord de la mine pour continuer à empêcher toute extraction.

 
Démonstration à la mine de Hambach, le 27 octobre.

Démonstration à la mine de Hambach, le 27 octobre.

Des activistes construisent des barricades à la mine de Hambach, le 27 octobre.

Des activistes construisent des barricades à la mine de Hambach, le 27 octobre.

Pendant les semaines suivantes, la forêt est de nouveau occupée et de nouvelles cabanes sont construites dans les arbres par des activistes nouveaux ou de retour.

Pendant la dernière semaine d’octobre, le mouvement de désobéissance civile Ende Gelände fait venir des milliers de personnes à Hambach pour bloquer les infrastructures minières et manifester contre l’extraction de lignite. À leurs côtés on trouve des activistes non affiliés, qui voulaient continuer de faire monter la pression publique contre RWE et le gouvernement régional et fédéral. La commission du charbon du gouvernement allemand, composée de membres de gouvernement, de représentants des groupes énergétiques, de représentants d’ONGs et de citoyens des régions charbonnières, avaient commencé des réunions pour présenter un plan de « sortie de charbon » et une transition juste pour mettre fin à l’économie du charbon en Allemagne. 

Suite à la fin progressive du recours à l’énergie nucléaire en Allemagne au cours de la dernière décennie, le charbon reste la première source de la production électrique allemande. Peu cher et enraciné dans l’économie allemande, le charbon est aussi très polluant. Le lignite domine l’exploitation minière en Allemagne, mais dans les centrales électriques du pays, il est également brûlé la houille importée de pays comme la Russie, l’Australie, les États-Unis et la Colombie, où les effets du charbon sur les droits humains et sur l’environnement sont particulièrement sévères. Pour la mise en place du Energiewende (Changement énergétique) en accord avec les engagements de réduction des émissions et d’adaptation aux changements climatiques, une sortie de charbon est une évidence. Pourtant, la question de la vitesse à laquelle ce changement doit avoir lieu, et des moyens qu’il faut lui allouer restent au centre du débat. 

 
Déboisement des structures du sol dans la forêt de Hambach par les ouvriers de RWE le 22 novembre. Les actions périodiques de la police se sont poursuivies dans la forêt alors que l'occupation se poursuivait après les manifestations d'octobre. Un mémorial pour Steffen Meyn a été détruit ce jour-là.

Déboisement des structures du sol dans la forêt de Hambach par les ouvriers de RWE le 22 novembre. Les actions périodiques de la police se sont poursuivies dans la forêt alors que l'occupation se poursuivait après les manifestations d'octobre. Un mémorial pour Steffen Meyn a été détruit ce jour-là.

Dans la prison JVA Köln, la protection d’une forêt contre l’expansion d’une mine à ciel ouvert s’est transformé en bataille contre la puissance de l’état.

Depuis le début de l’occupation de la forêt de Hambach, en avril 2012, des activistes ont été condamnés pour leur participation. Souvent, ils passent plusieurs mois en prison avec une date de libération incertaine. En 2015, un activiste emprisonné a entrepris une grève de la faim pour manifester contre les actions destructrices et anti-écologiques de RWE, et contre le soutien de la justice dans la répression de l’activisme. Si au cours des dernières années, des incendies volontaires et la destruction des infrastructures de RWE ont été réalisés par des activistes radicaux, des activistes ayant participé paisiblement au mouvement se sont aussi retrouvés en prison. En Janvier 2018, les « Quatre de Hambi » sont emprisonnés pour des raisons douteuses, et restent en prison pendant plusieurs mois. Un autre grand procès est intenté, contre les violences policières sur des activistes paisibles, notamment pendant l’arrestation et la détention dans les prisons régionales.

 
La JVA de Cologne en février 2018 où les activistes des « Hambi Quatre » ont été emprisonnés.

La JVA de Cologne en février 2018 où les activistes des « Hambi Quatre » ont été emprisonnés.

La responsabilité des grandes sociétés est centrale pour ceux qui participent au mouvement anti-charbon en Allemagne.

Trois groupes énergétiques contrôlent la plupart de l’extraction du lignite en Allemagne: RWE, MIBRAG et LEAG. Avec des milliards d’euros de profit et un fort soutien de la part du gouvernement, l’oligarchie du charbon est assignée en justice à de nombreuses reprises. Si les magnats, comme Rolf Martin Schmitz, PDG de RWE, ne ressentent pas la menace directe d’un emprisonnement au même titre qu’un activiste de la Forêt de Hambach, ils sont néanmoins au centre d’un champ de bataille judiciaire de plus en plus inquiétant pour eux. De l’échelle locale à l’échelle globale, RWE est embourbé dans des procès, contre ceux qui ont l’audace de leur résister, et contre ceux qui contestent les actions de l’entreprise. Kurt Claßen de Buir, en Rhénanie-du-Nord-Westpahlie, doit débourser des milliers d’euros de sa poche pour couvrir les frais de justice contre RWE, et protéger ses champs qui sont utilisés par les activistes de la Forêt de Hambach. Pendant ce temps, un fermier, Saul Luciano Lliuya de Huaraz, au Pérou, a attaqué en justice le groupe énergétique devant une cour allemande en 2017 pour les dégâts causés par la fonte rapide des glaciers dans sa région. La plainte est assortie d’un rapport affirmant la responsabilité de RWE à hauteur d’environ 0,5 % des changements climatiques causés par les humains depuis la Révolution industrielle. 

Les entreprises du lignite profitent énormément de l’autorisation de l’État pour détruire des villages et prendre le contrôle de terres publiques. Cette stratégie repose sur l’argument du « bien public » à la fois pour la production énergétique et la création d’emplois. Pourtant, l’emploi dans le secteur du lignite a fortement diminué et les énergies renouvelables sont devenues rentables, et plus compétitives économiquement. Pour comparaison, il est estimé que plus de 300 000 personnes travaillent dans le secteur des énergies renouvelables en Allemagne, contre seulement 60 000 ouvriers dans le secteur du lignite. Les parts de production électrique par le charbon (lignite et houille) et les énergies renouvelables combinées sont presque exactement les mêmes : 35,2 % pour le charbon et 35,3 % pour les énergies renouvelables en 2018 selon Clean Energy Wire de Berlin. L’extraction d’houille, qui employait plus de 600 000 ouvriers à son apogée dans les années 1950, a officiellement pris fin avec la fermeture de la mine Prosper-Haniel le 22 décembre 2018 dans la ville de Bottrop, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. 

Affiche à l'Université Georg-August de Göttingen en janvier 2019 appelant à juger le PDG de RWE, Rolf Martin Schmitz pour divers crimes.

Affiche à l'Université Georg-August de Göttingen en janvier 2019 appelant à juger le PDG de RWE, Rolf Martin Schmitz pour divers crimes.

Photo illustrant la solidarité internationale envers les sympathisants du mouvement de la Forêt de Hambach, vue dans la Forêt de Hambach, novembre 2018.

Photo illustrant la solidarité internationale envers les sympathisants du mouvement de la Forêt de Hambach, vue dans la Forêt de Hambach, novembre 2018.

Dans l’est de l’Allemagne, l’extraction de lignite laisse sa marque reconnaissable sur le paysage et vies de ces résidents. 

En dehors du bassin minier rhénan, les autres mines allemandes de lignite se trouvent dans la Saxe et le Brandenbourg. A l’époque de l’Allemagne de l’Est, le lignite était particulièrement important et a rempli la majorité des besoins en énergie de l’État. Maintenant ces zones semblent oubliées, et comptent parmi les plus pauvres d’Allemagne. Bien que le parti politique SPD (Centre-Gauche) soit historiquement populaire auprès des ouvriers de la Saxe, l’ère post-communiste a vu une augmentation du soutien à des partis de droite. Aux élections régionales de 2017, la région de la Saxe a voté à 27,0 % pour le parti nationaliste, AfD (Alternative pour l’Allemagne), ce qui est légèrement plus que les 26,9 % pour le CDU et beaucoup plus que Die Linke (La Gauche) à 16,1 % et le SPD à 10,5 %. L’extraction de charbon n’est pas seulement une question économique pour les grandes sociétés, leurs employés et les consommateurs, c’est aussi une monnaie d’échange politique. Le CDU, face au risque de perdre des votes conservateurs au profit de l’AfD, est prudent quand il émet des propositions qui pourraient saper le pouvoir des syndicats et entreprises charbonnières.

 
La vue d'une maison à Lippendorf, Saxe, janvier 2019.

La vue d'une maison à Lippendorf, Saxe, janvier 2019.

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Sur les routes de Pödelwitz, quelque chose de sinistre flotte dans l’air. Le camion d’une entreprise de sécurité est garé à côté de l’arrêt de bus, mais personne ne sort du bus qui vient de la ville voisine. 

Un panneau indiquant « Défense d’entrer, propriété de MIBRAG » est collé à la façade de la plupart des maisons. Parmi ceux restés au village, une minorité résiste encore contre l’expansion de la mine de charbon voisine. L’entreprise MIBRAG espère engloutir la ville de Pödelwitz pour agrandir la mine de Vereinigtes Schleenhain. Des manifestations publiques importantes ont eu lieu en Saxe contre l’exploitation continue du lignite dans la région, dont le « camp pour le climat » qui a eu lieu à Pödelwitz cet été. L’organisation Pödelwitz Bleibt est composée des résidents qui militent contre la destruction de leur village et celle de leur mode de vie. Fin 2018, des activistes sont arrivés dans le but de vivre dans le village et de soutenir les résidents dans leur lutte contre MIBRAG.

Une de ces activistes s’appelle Nia, elle a passé plusieurs mois dans la Forêt de Hambach avant d’arriver en Saxe. Elle parle de ceux qui sont impliqués dans le projet, qui est en train de transformer l’ancienne gare du village en lieu de résistance contre l’extraction de lignite : « Nous sommes un groupe des personnes indépendantes. Nous avons décidé après les grandes manifestations dans la Forêt de Hambach d’utiliser l’énergie qui a été créée là pour rendre la résistance contre l’extraction charbonnière dans l’est de l’Allemagne plus forte… Pödelwitz est sous la menace d’être détruit pour agrandir la mine à coté, mais pour l’instant ils n’ont pas la permission de détruire le village. La MIBRAG a offert aux gens du village de déménager… “nous allons vous donner de l’argent pour vivre dans un meilleur endroit”. C’était il y a dix ans, les gens ont commencé à quitter le village. Nous avons décidé d’y aller et d’y vivre pour ramener de la vie dans un village où il ne reste que 26 habitants ».

 
Dévastation d'un paysage près de la mine Vereingtes Schleenhain, Saxe, janvier 2019.

Dévastation d'un paysage près de la mine Vereingtes Schleenhain, Saxe, janvier 2019.

L’histoire du village n’a rien extraordinaire pour l’est de l’Allemagne – en Lusace, 136 villages et communautés ont été détruits par l’extraction du lignite. 

La plus grande chaîne de lacs artificiels en Europe, « La Terre des Nouveaux Lacs » a été créée par le remplissage controversé des anciens puits de mine. Bien que les groupes charbonniers se vantent d’une restauration réussie du paysage au sein d’une belle destination touristique, les critiques nous rappellent combien de villages et d’écosystèmes historiques ont été perdus dans la quête de la croissance industrielle. Pourtant, l’extraction de lignite dans la Lusace n’est pas finie. Le groupe Czech EPH brûle une bonne partie du lignite dans la centrale électrique Jänschwalde, la plus grande de l’Est de l’Allemagne. De l’autre côté de la frontière du village de Jänschwalde se trouve la Pologne, où le charbon est roi.